jeudi 7 mai 2009

Les malheurs causés par HADOPI

Dans mon précédent texte, je faisais part de l'étude menée sur l'assiduité des députés qui était mise au grand jour suite à la première tentative de passage en force de la loi HADOPI.

Mais ce texte de loi, du moins son esprit, a fait une nouvelle victime en la personne du responsable web de TF1, qui souhait exprimer à titre personnel son point de vue auprès de sa députée, Françoise de Panafieu.

L'aventure telle qu'elle est contée sur son blog par François de Rugy, député Verts de Nantes, vaut alors le détour :

"Hallucinante histoire que nous relate ce jour Libération. Petit rappel des faits: un citoyen, par ailleurs salarié de TF1, s’adresse à sa députée (élue UMP) pour lui faire part de son opposition au projet de loi Hadopi.

Son mail, envoyé à partir de sa boite personnelle, est argumenté. Dès réception, une collaboratrice de la députée fait suivre le message au cabinet de la ministre de la Culture, pour obtenir un contre-argumentaire.

Jusqu’ici, tout est normal.

C’est alors que tout dérape : dans un réflexe incroyable, le cabinet de la ministre répercute la correspondance (privée !) de ce citoyen à la direction de TF1 qui —ni une ni deux, si j’ose dire— licencie l’intéressé.

Cette histoire désolante n’est pas une simple anecdote.

Elle illustre la confusion opérée entre le pouvoir politique et le principal média français.

Elle met en cause le droit d’opinion de chaque citoyen, rendu comptable, devant son employeur, de ses prises de position politiques, exprimées à titre personnel et privé.

Elle disqualifie définitivement la ministre de la Culture, dont le rôle est de protéger les libertés. Toutes les libertés : celle des créateurs, certes, mais également la liberté d’accès aux œuvres et à l’information, mise à mal par sa loi, et la liberté d’expression.

Aux dispositions déjà insupportables contenues dans son projet de loi, à ses déclarations scandaleuses pendant le débat parlementaire, qui l’avaient contrainte à présenter des excuses publiques à l’Assemblée, Madame Albanel ajoute désormais une nouvelle pratique : la délation.

Trop, c’est trop !

Cela n’est pas dans mes habitudes, mais devant de nouvel abus de pouvoir, il me semble qu’il n’y a pas d’autre choix : il faut appeler à la démission de cette ministre à l’évidence dépassée par les devoirs que devrait lui imposer sa charge."

Edifiant, dîtes-vous ?

vendredi 17 avril 2009

Les actifs et les autres

La ferveur avec laquelle est remise en cause l'implication des députés, suite à ce qui s'est passé au sujet du projet de loi HADOPI, est assez intéressante.

Comme le souligne Bernard ACCOYER, Président de l'Assemblée nationale, il existe toujours un vieux fond d'antiparlementarisme primaire mais l'absence des députés en séance ne traduit pas toujours un manque d'intérêt de leur part. Toutefois il faut savoir se baser sur des faits concrets avant de jeter l'opprobe.

Dans Sud-Ouest du jeudi 16 avril, sous la plume de Sylvain COTTIN, qui déclarait que la chasse aux députés absents était ouverte, on pouvait lire ces propos tenus par Jean-Louis LEONARD (UMP - 2ème circonscription) à l'encontre de Catherine QUERE (PS - 3ème circonscription) : "Catherine Quéré, sans doute vue à l'Assemblée, mais jamais entendue". A priori cela semble normal, lui-même n'est pas forcément très assidu si l'on en croit le tableau établi par Vincent NOUZILLE, journaliste et co-auteur de Députés sous influence, le vrai pouvoir des lobbies à l’Assemblée nationale.

Le tableau intitulé "Classement des députés fantômes" relève le nombre total d'interventions (en séance ou en commission) ainsi que les rapports rédigés et les questions écrites posées aux ministres par nos députés. Ces données sont accessibles sur le site de l'Assemblée, il faut remercier Vincent NOUZILLE de les avoir collectées.

Conclusion : les 5 charentais maritimes ne travaillent pas au même rythme.

Le record de l'activisme revient à Didier QUENTIN (UMP - 5ème circonscription) avec 48 interventions, 5 rapports et 40 questions. Il est ainsi classé 441ème.

Viennent ensuite les députés socialistes. Tout d'abord, Catherine QUERE avec 34 interventions et 114 questions écrites, elle est 374ème au classement. Ensuite Maxime BONO (PS - 1ère circonscription) avec 22 interventions, 1 rapport et 52 questions écrites, il se classe au 291ème rang.

Jean-Louis LEONARD - le donneur de leçons - se classe quant à lui 227ème avec seulement 17 interventions (soit la moitié moins que Catherine QUERE) et 33 questions écrites... De quoi copier 100 lignes : "Je ne dois pas dire de mal de ma camarade..."

Le champion toutes catégories est tout de même Jean-Claude BEAULIEU (UMP - 4ème circonscription) qui avec pas moins de 2 interventions et le nombre fantastique de 4 questions écrites, honore la Charente Maritime d'une 31ème place au classement des députés fantômes. On ne peut effectivement pas cumuler les mandats, continuer à exercer sa profession de chirurgien, mener des mission en tant qu'officier de réserve à l'étranger et en plus poser des questions qu'elles soient orales ou écrites à l'Assemblée. Il y a des choix à faire et Jean-Claude Beaulieu semble avoir choisi...

Pour découvrir le tableau, cliquer ci-dessous :

http://www.lesinfos.com/docs/activitesdeputes.pdf

mardi 14 avril 2009

Piqûre de rappel

A l'intention des "managers" placés à la tête des affaires publiques d'une commune, Saint-Savinien, qui, par le passé, a largement goûté l'amertume de projets démesurés, je renvoie à la lecture de ces quelques lignes extraites des observations formulées par la Chambre Régionale des Comptes de Poitou-Charentes, rédigées en juin 2007 - c'était donc hier :

"[Nous] constatons que l'endettement a chuté de 24 % entre l'exercice 2003 et 2005. La pause dans les investissements et la maîtrise des dépenses de fonctionnement contrastent avec la précédente gestion qui suite notamment aux investissements du foyer logement et du centre de vacances avaient conduit à une situation financière "dégradée". Pour autant, la dette par habitant représentait 895 € en 2003 et 780 € en 2004 alors que les moyennes des communes comparables étaient ces mêmes années de 686 € puis 694 €.

La situation demeure donc fragile. La marge de manoeuvre semble limitée en raison d'une pression fiscale largement supérieure à celle des communes de la même strate. Ainsi, le taux de la taxe sur le foncier bâti était de 24 % en 2003 et 2004 alors que la moyenne était respectivement de 14 % puis 15 %. Le taux en matière de taxe d'habitation était de 13 % pour ces mêmes années alors que la moyenne de la strate s'établissait à 10 %. Quant au taux de la taxe professionnelle, il était, pour 2003 et 2004, de 15 % pour une moyenne nationale de 8 %".

Je leur conseille donc de bien relire ce document, de le conserver précieusement - comme je le fais, sur ma table de chevet - et de modérer leurs critiques sur la gestion municipale de 1995 à 2008, car je reste persuadé qu'en la matière, il ne suffit pas de communiquer sur ses capacités à construire encore faut-il savoir gérer...

jeudi 15 janvier 2009

Gaza : refusons toute instrumentalisation communautaire

Déclaration à l’initiative de la Ligue des droits de l’Homme et de la Ligue de l’Enseignement

Le conflit israélo-palestinien est une fois encore entré dans une phase dramatique. Ce conflit n’est ni religieux ni « ethnique », mais bien politique et territorial : l’engrenage de la violence dont les populations civiles sont les premières victimes s’enracine dans l’aggravation, depuis des décennies, du sort insupportable fait au peuple palestinien. Rien ne peut justifier les attaques – d’où qu’elles viennent dirigées contre les civils. Mais chacun sait, au-delà de la condamnation nécessaire de tout crime de guerre, que la paix ne pourra advenir sans justice, cette paix par le droit hors de laquelle aucun des deux peuples ne pourra vivre un avenir humain.

Les 900 morts palestiniens des deux dernières semaines, dont de très nombreux civils, victimes des bombardements et de l’offensive de l’armée israélienne à Gaza, comme les 34 morts israéliens des cinq dernières années victimes de tirs de roquette du Hamas, ne peuvent que soulever une émotion légitime. En France, nous constatons que la sensibilité à cette actualité tragique s’exacerbe.

Trois actes inacceptables ont été commis à l’encontre de synagogues à Toulouse et à Saint-Denis et contre une collégienne à Villiers-le-Bel. Ces actes sont heureusement des faits isolés. Mais la réaction des autorités politiques françaises qui s’en remettent aux instances religieuses pour prévenir la violence n’est ni admissible sur le terrain de la laïcité ni de nature à prévenir les dangers qu’elles invoquent. De même, l’organisation d’une manifestation communautaire de soutien à l’un des deux protagonistes du conflit, même si elle est restée isolée, renforce le risque que l’expression des indignations et des solidarités mette face à face des communautés dont les membres seraient collectivement assimilés à l’un des deux camps.

Cette transposition qui enfermerait la liberté de conscience et d’expression des individus concernés dans une assignation à résidence communautaire ou religieuse serait porteuse de graves dangers pour le vivre ensemble. Il n’est pas question de remettre en cause la capacité à s’indigner de ce qui se joue en Palestine, ni l’expression de telle instance communautaire dans le débat public qui n’a rien d’illégitime en elle-même, mais de refuser une logique de transposition dans la société française des conflits et des haines qui déchirent le Proche-Orient.

Sans alarmisme mais avec vigilance, les organisations soussignées, attachées au respect de l’égale liberté de chacun, refusent toute mise en scène d’un prétendu « conflit de civilisations » et rappellent qu’aucun individu ne peut être étiqueté, stigmatisé ou agressé en raison de ses origines ou de sa foi, et que les manifestations d’intolérance, de racisme et d’antisémitisme, loin de servir les causes que leurs auteurs disent soutenir, les salissent et mettent en danger la vie démocratique.

C’est dans cet esprit que les unes et les autres continueront à défendre le respect des droits de l’Homme, du droit international et du droit de tous les peuples à disposer d’eux-mêmes et à vivre en paix dans des frontières sûres et reconnues.

Premiers signataires : ACLEFEU, ALEFPA, Association des Libres Penseurs de France, Association du Manifeste des libertés, Cercle Gaston-Crémieux, CFDT, CGT, Collectif Avenir laïque, FSU, Ligue des droits de l’Homme, Ligue de l’Enseignement, Mouvement de la Paix, Parti communiste français, Parti de gauche, Parti socialiste, Solidarité Laïque, Unef, Union rationaliste, Union syndicale solidaires, Les Verts.

dimanche 4 janvier 2009

Bonne année 2009

Saint-Savinien, Vue sur le quartier de l'église

BONNE ANNEE 2009

"Toute aventure humaine, quelque singulière qu'elle paraisse, engage l'humanité entière."

Jean-Paul Sartre, Saint-Genet, comédien et martyr

jeudi 18 décembre 2008

Un peu d'humour ne peut pas nuire

La lecture du compte-rendu des débats de l'Assemblée nationale peut s'avérer fastidieuse. Mais parfois, on peut assister à de vrais moments d'humour telle cette intervention de Noël Mamère dans le cadre de la discussion de la loi sur la communication audiovisuelle et le nouveau service public.

La scène se déroule lors de la 3ème séance, dans la nuit du 16 au 17 décembre, entre 21h30 et 02h40.

"M. le président. La parole est à M. Noël Mamère, pour soutenir l’amendement n° 829.

M. Noël Mamère. Puisque nous avons déjà dit ce que nous pensions de l’article 46, permettez-moi, pour détendre un peu l’atmosphère, d’imaginer, en m’inspirant de la grille actuelle, quelle pourrait être la prochaine grille des programmes de France 2, maintenant que le Président de la République est devenu également président et directeur des programmes de France Télévisions. Le point route pourrait ainsi être présenté par M. Dominique Bussereau, Amour, gloire et beauté par Mme Carla Bruni-Sarkozy (Exclamations sur les bancs du groupe UMP),…

M. Benoist Apparu. Ce n’est plus drôle !

M. Noël Mamère. ...Motus par François Fillon, le Journal, naturellement, par Nicolas Sarkozy. À quatorze heures, Toute une histoire, sur le thème : “ Première grossesse : on a beau nous prévenir, quelle surprise ! ”, pourrait être présentée par Rachida Dati (Protestations sur les bancs du groupe UMP).

M. Benoist Apparu. C’est de mauvais goût !

M. Noël Mamère. En quête de preuves serait présenté par Michelle Alliot-Marie, Cote et match du jour par Jean-François Copé et Xavier Bertrand, Service maximum par Xavier Darcos. Enfin, Dans quelle éta-gère, une émission très intéressante programmée à zéro heure vingt-cinq, pourrait être présentée par Jean-Louis Borloo ! (Rires sur les bancs des groupes GDR et SRC.)"

Si vous souhaitez lire ce compte-rendu in extenso, voici le lien qui vous y conduira :

http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2008-2009/20090107.asp#INTER_8

mercredi 17 décembre 2008

Hommage aux élus d'opposition à St-Jean-d'Angély

A ces élus qui se battent contre l'implantation de caméras de surveillance dans une commune de 8.000 habitants (oui, vous avez bien lu...), je dédie ces quelques lignes du dernier livre d'Emmanuel TODD, intitulé Après la démocratie, publié chez Gallimard, qui écrit page 214 :

" L'obsession sécuritaire découle [...] du transfert de l'Etat, ou aux communes, de fonctions de discipline qui incombaient autrefois à la famille. On ne sait si la vidéosurveillance pourra efficacement remplacer l'autorité paternelle ou maternelle.

La montée des incivilités est un phénomène réel. Les exemples pullulent : débordement de supporters du PSG, coup de tête de Zidane à Materazzi lors de la finale de la Coupe du monde de football en juillet 2006, détérioration de boîtes aux lettres dans les grands ensembles HLM, prise de tas de stock-options par des dirigeants d'entreprise, excès verbaux du Président, le tout sur fond d'augmentation de la délinquance.

Mais tout cela ne doit pas faire oublier que le taux d'homicide reste à peu près stable. En 1936, il était de 1,1 pour 100 000 habitants, en 1968 de 0,8, en 2000 de 0,7 comme au Royaume-Uni, contre 0,9 en Allemagne, 1,2 en Suède, 6,2 aux Etats-Unis, 10,8 au Mexique, 28,4 en Russie, 60,8 en Colombie.

Le sentiment de vide, religieux et idéologique, explique autant que la réalité objective le phénomène d'angoisse sociale qui a conduit, irrésistiblement, à la montée du sentiment d'insécurité.

Pour le moment, l'anxiété a entraîné un emballement du taux d'incarcération, sans que les crédits pénitenciaires et policiers suivent. Le pays devra alors choisir : sortir de la panique sécuritaire ou mobiliser des ressources économiques pour l'assumer".

Sur ce, Joyeux Noël !